Histoire des EX

Jean Guérin est un EX 47

 LA TRAGIQUE DESTINEE DE SIMON KRAVETZ

Simon Kravetz est né à Nantes le 16 mars1926, il fut arrêté à l'école LIVET le 16 juillet 1942, son camarade Gouy a été témoin de son arrestation en 2ème B. Ces parents furent arrêtés rue de Crucy. Conduits à la caserne Richmond, puis transférés à Angers au grand Séminaire avant d'être embarqués dans le convoi N° 8  parti d'Angers le 20 juillet pour Drancy, pour terminer à Auscwhitz, ils étaient environ 830, seuls 21 survivants reviendront.

Simon décéda dans les 6 premiers mois de son arrivée.

Si dessous un témoignage de Joachim Corbineau EX 44 qui l'a bien connu.

Je crois pouvoir dire que Simon KRAVETZ a été un très bon ami, suite aux circonstances que je vais détailler, surtout en première année (octobre 40-juin 41), car nous étions de la même section.

Ses parents s'occupaient de vêtements et au début de l'année scolaire 40-41 (novembre ou décembre ?) mes parents avaient eu l'occasion de rencontrer les siens ã l'école Livet. Je ne me souviens pas du motif (sans doute une réunion de parents d'élèves) Sans parler de sympathiser vraiment, ils avaient bien "pris ensemble" et je crois même que ma mère avait acheté des vêtements au moins une ou deux fois?

Simon habitait à l époque dans une rue aboutissant à la biscuiterie L.U. et à tous les retours d'école nous étions souvent de la même bande a revenir ensemble. Le noyau dur était toujours identique.(à part Simon et moi qui habitait alors Quai Hoche), il y avait entre-autres René ROBINEAU qui logeait 13 Chaussée de la Madeleine (je me souviens encore du numéro), CAUDAL même rue mais près du pont de la Madeleine, BRIAND côte saint Sébastien, quelquefois LAUMAS (il sera tué aux bombardements de Septembre l943) et ACHALE souvent à vélo. Le trajet était immuable: Livet, St Clément,Place Louis XVI, rue Henri IV, biscuiterie L.U. et la nous nous séparions.

Simon habitait rue Crucy, dans l'hiver.40-41, Simon avait été malade au moins à deux reprises.

C'est comme cela que j'ai été reçu dans sa famille, car j'allais lui porter les cours et exercices afin qu'il suive au mieux sa scolarité. Mr KRAVETZ père y tenait beaucoup, car il semblait très à cheval sur toutes ces questions d'études. Mme KRAVETZ semblait beaucoup plus effacée encore qu'à quinze ans nous n'avions de jugement très sur, mais c*est aujourd'hui, en y repensant,que je formule cette hypothèse .

IL y avait également dans la famille une jeune fille que je croyais être la sœur de Simon. J'ai appris il y a peu de temps par René GOUY qu'il était fils unique .

Lors de ses deux maladies (Hiver 4O~4l, je ne souviens plus des dates) je suis revenu chez eux quelquefois pour assurer le suivi lui donnant des précisions notamment en Français . (A l' époque le professeur était une femme qui fut remplacée par Mr ROUGERIE à son retour de démobilisation)

L'année suivante: Simon e été incorporé en 2ème B. Il n'était plus avec moi. mais nous avons toujours continué à revenir ensemble de l'école.

Un jour de 1942 (je ne m'en souviens plus des dates), il est arrive en classe avec une étoile jaune épinglée à sa veste.Nous avions alors 16 -17 ans. IL y a eu une réaction immédiate et idiote

de plusieurs d'entre- nous ,quí se sont confectionnés des étoiles jaunes,ce qui nous a valu une "engueulade" carabinée de Mr GALLOIS directeur de l'école à l'époque et toutes les étoiles ont été remisées.

Pour l'anecdote qui va suivre, j'ai longtemps et souvent repensé sur ses suites .

Vers la mi~mai 1942, j'ai été appelé en cours par Mr GALLOIS a son bureau. Il m'a alors demandé si je pouvait aller porter des cours et exercices chez les KRAVETZ. Je me souviens très bien lui avoir précisé que nous n'étions plus dans la même section et que les exercices n'étaient pas forcément identiques. Il ma répondu: Je connais mieux que vous tous ces problèmes et je sais que vous êtes très lié avec votre collègue. Vous connaissez bien la famille, les décalages entre sections sont mineurs car pour les deuxièmes les programmes sont identiques. Il m'a demandé si je connaissais bien l'adresse de la famille.J' ai répondu positivement quant a la rue de Crucy. C' est alors qu'il m'a dit ceci: La famille KRAVETZ a quitté son domicile et il m'a tendu un papier avec la nouvelle adresse et Il m'a même demande si je voulais garder le papier. Je l'ai lu et lui ai répondu que je connaissais bien l'endroit. (C'était a l'entrée du Boulevard Gabriel Guisth'au vers la rue Copernic). Il m'a remis une liasse de documents et je suis allé à cette adresse, J'ai souvenance qu'une grande dame inconnue m' a ouvert et m' a demandé ce que je voulais. Après ma réponse, elle est allé chercher Mr KRAVETZ qui m' a reçu gentiment en me disant que son fils était absent. Je ne l'ai donc pas vu ce jour là.

Je n'avais que 16 ans, mais cette façon de recevoir par personne interposée m'avait intrigué. A mon retour à l'école, J' en ai parlé à ROBINEAU qui m'a déclaré qu'il avait entendu dire qu'il était question de rassembler tous les juifs entre eux. Mais nous étions loin de nous douter que 3 semaines après, Simon allait être arrêté dans une classe de l'école LIVET. La suite est désormais connue?

Je me suis toujours demande si leur déménagement était un début de cachette ou peut être une plate forme pour un éventuel départ. Mais je me suis toujours demandé avec les copains qui étaient au courant pourquoi Mr KRAVETZ a demandé des documents pour son fils en Mai 1942 ,et SURTOUT POURQUOI son fils est revenu fin Mai-début Juin à l'école LIVET pour se faire arrêter quinze jours après.Etait-il trop optimiste (ou trop naïf). Je crois également que le directeur Mr GALLOIS devait être très au courant de la situation.

EPISODE:

Le 21 o¢t0bre.1941,vers 7 heures 45,nous étions plusieurs a remonter la rue Henri IV en direction Livet lorsque nous avons été arrêté place de l'Oratoire par les feldgendarmes Allemands.

D'ailleurs toutes les personnes circulant dans les parages étaient coincées ; Nous étions 4 ou 5 de Livet ainsi qu'un élève du Lycée Clemenceau qui venait de la Place St Pierre. Nous avons été retenus un moment à l'entrée de la place Louis XVI, puis relâches. Nous sommes arrivés en classe vers 9 heures ½ environ et c'est à ce moment que nous avons appris l'assassinat du colonel HOLTZ

Joachim Corbineau

LE COMMANDANT AUBIN

L’Ecole Nationale Professionnelle LIVET a formé de nombreux jeunes qui se sont destinés ensuite vers la marine. De 1895 à 1898 l'école LIVET a eu un jeune élève nommé Georges AUBIN. Ce brillant sujet, qui garda un très bon souvenir d'Eugène LIVET, choisit la vie dure et cruelle des marins.

Il a retracé les grandes heures du port de NANTES et des

Embarqué à 14 ans comme comme mousse, on le retrouve à 24 ans commandant. Après avoir bourlingué pendant plus de 20 ans sur les mers du monde,il se retira de la navigation, mais continua à servir sa chère marine, puisqu'il écrivit de nombreux ouvrages sur la marine à voile.

OUVRAGES DU COMMANDANT AUBIN

voiliers CAP HORNIERS

- L'Empreinte de la voile (Grand prix littéraire de l marine marchande)

Nous les cap horniers

Dans le vert sillage des Cap Horniers

Les Hommes en suroît

Ces ouvrages sont édités chez Flammarion

En bourlinguant sur les sept océans

L'amour en matelote

La mer dure et cruelle

Une énigme des mers du sud

Ces 4 derniers ouvrages édités chez France Empire

PROFIL D’UN ANCIEN ENP LIVET                                                                                           Ou

                     Une Petite Vie Bien Tranquille

           Lorsque j’ai quitté LIVET, je désirais entrer dans la Marine. Mes parents, eux, avaient d’autres vues. Je réussis, avec beaucoup de peine, à les convaincre. Si j’avais eu le petit livre d’Eugène Livet, j’aurais eu des arguments supplémentaires car, page 56, un ancien élève écrit à sa mère     “Il pleut des LIVETs à Toulon”.

         Allant contre le gré de mes parents, je ne voulais absolument pas leur demander de l’argent. Comme il fallait attendre l’âge requis de 17 ans, j’avais plusieurs mois devant moi pour me préparer un petit pécule avant de partir. Ayant toujours eu de bonnes notes en dessin d’art à LIVET, je me mis à jouer au “petit Gauguin” : Dans ma retraite d’Héric, je peignis une vingtaine de tableaux. Je n’avais bien sûr pas le talent de Gauguin mais j’étais plus commerçant que lui et vendis mes croûtes dans la région. Quelqu’un de ma famille vient d’en retrouver deux dans un magasin d’antiquités de Quimper ! (photo jointe : Château de Josselin).

       Donc, le jour de mes dix-sept ans, je partis avec ma cagnotte d’artiste pour la Marine. Après huit mois d’école, je fus affecté sur les dragueurs de mines à Brest. Voulant voir du pays, je me portai volontaire pour “campagnes et tous théâtres de guerre”. Comme nous étions en pleine guerre d’Algérie, il n’y avait pas beaucoup de volontaires. Je fus affecté immédiatement outre-mer : Pas l’Algérie mais les Forces Maritimes du Pacifique, avec comme port d’attache Nouméa. De passage à Alger, j’accomplis mon premier “fait d’armes” : une patrouille me ramassa avec des copains sous le prétexte que nous chantions à tue-tête dans la Casbah après le couvre-feu. Nous avions simplement été trahis par l’harrissa d’un couscous et avions essayé d’éteindre l’incendie avec pas mal de Sidi Brahim, ce qui n’avait pas eu l’effet escompté…

     Après quarante-cinq jours de mer, j’arrivai à Nouméa. La chance voulut que je fusse détaché comme secrétaire de l’Amiral du Pacifique dont la tâche principale était de représenter la France dans les îles du Pacifique, c’est-à-dire y offrir des réceptions. J’embarquai avec lui sur l’aviso-escorteur Francis Garnier puis sur la Capricieuse. Je pus ainsi visiter Tahiti et toutes les îles de la Polynésie Française, les Nouvelles-Hébrides, les Fidjis, les îles Wallis et Futuna, puis le Japon, l’Australie, la Nouvelle Zélande et la Papouasie.

         Après trois ans de séjour dans le Pacifique sud, je revins en France avec, dans mes bagages, une dysenterie amibienne, souvenir de la Papouasie, un peu de palu, de Nouméa, une cicatrice à la suite d’une flèche de harpon reçue dans le “bas du dos” aux îles Wallis, et … une dame des îles, demi-Japonaise/demi-Puamotu.

Pendant les quatre mois de vacances de retour de campagne, j’entrepris une tournée de conférences sur Tahiti et la Polynésie à Télé-Nantes, la Maison des Jeunes et de la Culture de la région, et la Salle Colbert à Nantes avec Georges de Caunes.

       Je fus muté au Ministère de la Marine à Paris, mais l’appel des tropiques me reprit. Je me reportai volontaire pour campagne et fus affecté à Tahiti, pays que je connaissais déjà bien. Pendant cette période, je suivis les cours par correspondance de l’Ecole Polytechnique de Vente, les cours Dale Carnegie, et des cours de photographie. A la fin de mon affectation, je décidai de donner ma démission de la Marine et de mettre en pratique ce que j’avais appris durant les cours. Donc, après plus de sept ans de Marine et le grade de second maître de réserve, je me lançais dans l’aventure civile.

            Je fus embauché à Nantes, chez la compagnie  Roneo, pour le secteur Bretagne. Après un an, ayant été classé premier représentant-province de la compagnie, je fus muté à Paris pour reprendre le secteur le plus difficile de la capitale : le Sentier (2ème arrondissement) et le Marais (4ème arr.).

J’y devins aussi le spécialiste des “moutons à cinq pattes” : Quand un collègue avait raconté “Le Petit Chaperon Rouge”  à un client et que nous risquions de perdre celui-ci, j’étais envoyé pour arranger l’affaire.

     Après un an, je commençais à m’ennuyer lorsqu’une occasion se présenta : un de mes clients d’une société d’intérim, à qui j’avais vendu plus de machines que nécessaire, me demanda si je connaissais quelqu’un qui voudrait bien créer une imprimerie avec tout ce matériel. “Vous l’avez devant vous” fut ma réponse. Je quittai Roneo et créait pour la société Per-inter la première “imprimerie-minute” que j’installai rue Vieille-du-Temple, dans les anciennes écuries de Marie-Antoinette. Ce fut le succès. Mais, après un an, une nouvelle loi interdit aux sociétés d’intérim d’exercer d’autres activités que l’intérim. Mon patron voulait que je reste pour les besoins d’imprimerie de la société mais, sans clients de l’extérieur, cela ne me passionnait plus. Je quittai donc Per-Inter.

         Je trouvai du travail chez la société d’éditions Larrieu Bonnel comme chef de ventes pour lancer une nouvelle édition : L’Homme du Destin de Michel Droit. Ayant trouvé les bons arguments commerciaux, mon équipe réussit en peu de mois à épuiser les stocks. On voulut me garder pour de nouveaux lancements mais je cherchais un nouveau challenge.

         Je rentrai chez Jacques Fournet comme directeur régional de ventes pour vendre des appartements, des villas et hôtels aux Baléares. Travail agréable qui me permettait de passer tous mes week-ends avec mes clients aux Baléares et leur faire visiter nos produits. Comme précédemment, nous vendîmes trop vite et il ne resta rapidement plus rien à vendre. Il fallait attendre de futurs projets, dont un aux Antilles.

      Un ami qui était pilote me demanda si je ne voulais pas créer avec lui une petite compagnie aérienne. Comment résister à ce nouveau challenge ?

Nous créâmes la société TTA (Tout travail aérien), nous installâmes à l’aéroport de Guyancourt, achetâmes un Cessna 182 puis un Piper pour notre école de pilotage. Comme je connaissais la photo, nous nous lançâmes dans la photo aérienne pendant qu’un instructeur que nous avions embauché donnait des cours de pilotage. Nous nous équipâmes de matétiel photo professionnel et d’une caméra Beaulieu 16mm. Alors commença une période de casse-cous. Nous volions sans la porte droite de l’avion pour pouvoir prendre les photos, ce qui rendait le pilotage difficile. Je m’asseyais sur le train d’atterissage pour ne pas être géné et mieux prendre les photos. Nous travaillions en freelance pour les journaux, magazines et chaînes de télé : Photographies pour Paris-Match du France qui bouchait le port du Havre lors d’une grève, contrat de photos des châteaux de France pour une société d’éditions, Paris bloqué par les camionneurs en grève pour la télé (ce qui nous permit d’être interceptés par des avions de chasse, forcés à atterrir à la base militaire de Melun, et de nous faire passer un sérieux savon car nous avions survolé l’Elysée…).

        A cette époque se produisit un fait qui allait complètement changer l’orientation de ma vie professionnelle et privée. Mon mariage exotique n’ayant pas rencontré le succès espéré, je vivais à cette époque avec une comédienne qui m’entraina à faire de la “frime” pour plusieurs films – le Chacal, Moi y’en a vouloir des sous, etc.

            Lors d’une soirée show-business où il était nécessaire de paraître, “ma comédienne”, qui avait une voix extrêmement puissante, déclama que je dansais comme un éléphant. C’était certainement vrai, mais pas agréable à entendre, surtout avec mon caractère irlandais. La foule éclata de rire et applaudit. Profondément véxé, je saluai, pris à part la dame et lui promit que c’était moi qui réussirais dans le show-business et claquai la porte.

Fin d’un idylle tourmentée…

        Je me mis aussitôt à chercher une école de danse.

Après trois visites, je trouvai celle qu’il me fallait – le studio Georges et Rosie. La salle avait très bonne réputation et Georges et Rosie avaient été champions du monde de danse. J’abandonnai toute activité professionnelle et m’attelai dix heures par jour à apprendre à danser. Plus deux heures de collage d’affiches la nuit sur les murs de Paris pour le studio. Au bout d’un an de travail de forçat (j’avais vingt-six ans et aucun don apparent pour la danse), j’étais devenu danseur professionnel et fus embauché par Georges et Rosie comme professeur de danse. Je passai une année à enseigner et cela avec succès. On me confiait de plus en plus d’élèves. Je dansais de dix heures du matin à dix heures du soir.

      C’est ainsi que je rencontrai Cécile, une de mes élèves, et allais commencer quarante ans de bonheur. Cécile, dure travailleuse, appris rapidement à bien danser puis à donner des cours de danse. Je décidai qu’il était temps d’ouvrir ma propre école, ce qui ne fut pas du goût de Georges et Rosie qui firent leur possible pour me mettre des bâtons dans les roues.

Comment trouver une salle de danse ?

Pourquoi ne pas essayer la Salle Pleyel, le temple de la danse ?

Je réussis à y louer une salle d’entrainement. J’avais trouvé le lieu idéal. Nous nous mîmes, Cécile et moi, à distribuer des brochures à la sortie des bouches de métro. Cela porta ses fruits et nous eûmes très rapidement des élèves. Puis, par le bouche-à-oreille, ce fut rapidement le succès.

Cécile, après son travail dans une banque, venait m’aider à la salle de danse. Nous fûmes vite débordés. La Salle Pleyel fermant à huit heures le soir, nous partions alors Place Clichy où je louais une autre salle jusqu’à onze heures du soir.

      Ayant été invité par Gene Kelly à lui rendre visite à Beverly Hills, je décidai d’emmener Cécile découvrir la Californie et Tahiti. Elle avait tellement aimé Tahiti que, de retour en France, nous décidâmes de repartir nous installer dans le Pacifique. Nous voilà repartis pour une nouvelle aventure.

        J’envoyai quelques lettres “miracle” que j’avais appris à rédiger aux cours Carnegie. Elles portèrent leurs fruits. Nous arrivâmes à Tahiti à cinq heures du matin. A sept heures Cécile était embauchée à la Banque de Tahiti.

Ayant nos soirées de libre, nous ouvrîmes une école de danse qui prit rapidement de l’essor. Après une année de travail acharné à la société de pêche pour moi et à la banque pour Cécile, je décidai d’ajouter à mes connaissances de danse les claquettes. Je partis seul à San Francisco pour apprendre cette spécialité. Je fis travailler mes chevilles douze heures par jour.

Je dus attendre trois jours pour être embauché comme directeur d’une société de pêche et transports maritimes. Le but était de remettre sur rails cette compagnie qui battait de l’aile.

       Mais un nouveau challenge frappait à la porte : Les patrons de la société de pêche étaient aussi propriétaires d’une brasserie qui importait également des vins et bières de France. Cette société était aussi en déclin. Ils me relancèrent. Je ne pus résister à ce nouveau défi. Je vendis le studio photos et me voilà directeur d’une brasserie tout en gardant notre école de danse.

           Pendant mon séjour à San Francisco. Je fis la connaissance d’un chinois tahitien venu y acheter du matériel photographique. Celui-ci me demanda si je ne voulais pas l’aider à ouvrir un studio photos à Tahiti. Tenté par ce nouveau challenge, j’acceptai. Ce fut rapidement le succès. Après avoir lancé le studio photos, pourquoi ne pas ouvrir le nôtre ? Rapidement, nous fûmes débordés par la photo dans la journée et la danse le soir. Cécile appris rapidement la photo et vint m’aider le week-end pour les reportages. Après un an, notre studio “Photo Gauguin” était devenu le studio dans le vent de la Polynésie.

         Après sept ans à Tahiti (pêche, danse, photos, fabrication de bière), nous étions prêts, Cécile et moi, à entreprendre notre rêve américain. Cécile étant devenue chef du service contrôle à la banque, il lui fallait donner un long préavis pour quitter son établissement.

            Je fermai mon école de danse et quittai la brasserie, et partis seul en Californie pendant six mois pour préparer ce que je pensais être l’idée du siècle, c’est-à-dire des tours organisés pour Français et francophones.

      Je créai la société, achetai un bus, passai le permis de conduire transport en commun, organisai un circuit de dix-huit jours pour visiter la Californie et lançai des publicités dans les pays francophones. Quand Cécile me rejoignit six mois plus tard, tout était prêt à fonctionner.

      Nous testâmes les tours puis je formai deux guides. L’idée semblait bonne – nous avions des clients de France, de Polynésie, Nouvelle-Calédonie, Afrique, Suisse et Canada. Tout allait pour le mieux.

     Nous achetâmes un bus supplémentaire, investîmes dans des brochures pour le salon du tourisme en France lorsque la catastrophe s’abattit sur nous : Afin d’empêcher la fuite de capitaux de France en conséquence de l’élection du président François Mitterand, le premier ministre Maurois décida d’empêcher les Français et résidents de la zône franc de sortir de France et des territoires français. Plus hypocritement, les touristes ne pouvaient pas dépenser plus de deux cents dollars par an et par personne : un budget de deux jours à l’Armée du Salut. Et interdiction d’utiliser des cartes de crédit. Victime de la politique et des politiciens, nous soufrîmes 98% d’annulations et en peu de temps nous retrouvâmes ruinés (deux cent mille dollars de dettes et vingt dollars en poche). Comme nous ne pouvions plus rien payer, nous dûmes lâcher notre agence et quitter notre maison. Tous les gens qui nous serraient les mains la veille nous tournaient à présent le dos.

    Quoi faire sans argent, sans logement et avec des dettes à payer ?

       Dans un premier temps, il fallait trouver un logement et survivre.

Nous vendîmes nos meubles, télés, etc. pour réunir une somme qui nous permettait de louer un rez-de-chaussée dans le quartier “dur” de San Francisco.

Et nous attaquâmes le plus dur métier de notre existence : le baby-sitting. Deux dollars de l’heure, et, n’ayant pas de voiture, nous nous déplacions à pied.

Le calcul était simple : deux dollars de l’heure, multipliés par dix heures par jour, par deux personnes, par trente jours, égalent mille deux cents dollars. Cela permettait de payer notre loyer, l’eau et l’électricité, et un peu de nourriture. Nous mangeâmes pendant six mois des pissenlits avec du bacon tous les jours.

    Puis Cécile trouva un travail à temps complet comme gouvernante de deux enfants dans une famille sympathique. Je continuais mon baby-sitting et nous commencions à voir une éclaircie.

 Un client baby-sitting nous proposa, pour nous aider, de faire du nettoyage. Je passai donc de deux dollars à six dollars de l’heure ! Je devins rapidement rapidement le femme de ménage dans le vent de San Francisco grâce à la qualité du travail éxécuté et au bouche-à-oreille.

      Puis un client nous proposa notre premier contrat commercial : un magasin de tissus de quatre étages à nettoyer chaque nuit. Cela nous donna l’idée de créer une société de nettoyage commercial – The Gold Brush.

Nous effectuions du nettoyage résidentiel spécialisé (moquettes, fauteuils, draperies, vitres) dans la journée et le nettoyage commercial la nuit.

Très rapidement nous achetâmes du gros matériel et dûment embaucher pour les nouveaux contrats que nous décrochions – d’autres magasins, deux écoles, un club de gymnastique, les magasins et restaurants de l’aéroport de San Francisco, l’entretien d’abri-bus de villes voisines, etc. La société de nettoyage fut un succès complet.

    Nous étions épuisés (18 heures de travail par jour). Mais nous avions refait surface grâce à notre huile de coude. Le nettoyage résidentiel, en général les hôtels particuliers de San Francisco, nous permit de connaître le “tout San Francisco” et de nous lier d’amitié avec de nombreux clients.

Après dix ans de “Gold Brush”, je commençais à m’ennuyer. Je n’étais jamais resté si longtemps à la même place.

       Beaucoup de nos clients de la journée possédaient des chiens et des chats, et comme nous avions une passion pour nos amis à quatre pattes partagée par ceux-ci (les chats et chiens de nos clients nous faisaient toujours la fête), certains de nos clients nous demandaient si nous pouvions garder leurs animaux lorsqu’ils partaient en week-end ou en vacances. Cela nous donna l’idée de proposer ce service et de créer un hôtel pour chats et chiens avec un service de ramassage journalier. Très rapidement nous fûmes débordés par les toutous. Il nous fallait trouver d’urgence une maison plus grande. Je trouvai une ferme à Sonoma. Nous vendîmes notre société de nettoyage à un de nos employés, et nous voilà lancés dans un nouveau challenge.

 La chance voulut qu’après deux ans la propriété adjacente fût à vendre. Nous l’achetâmes et la transformâmes en hôtel pour chats.

Nous voulions faire un “truc sortant de l’ordinaire”, particulièrement en décoration. Apercevant à San Francisco, dans une galerie d’antiquités, une affiche représentant des chats, je l’achetai pour l’hôtel pour chats.

Le prix m’en avait semblé exorbitant, mais le vendeur m’expliqua ce qu’était une lithographie originale et me convainquit. Je jurai à Cécile que c’était la première et dernière affiche que j’achetais. Nous en avons à ce jour environ quatre mille !

Je me mis à étudier la lithographie et les différents arts graphiques, visitant galeries, musées et salles de ventes aux enchères. J’achetai tous les livres au sujet des affiches et des artistes et le matériel nécessaire pour détecter des faux. Passionné par cela, je commençai une collection sur les affiches de chiens et chats et nous ouvrîmes une sociéte d’achats et ventes d’affiches antiques et d’expertise, tout en continuant bien sûr nos hôtels pour chiens et chats.

 Après la collection d’affiches “chiens et chats”, nous entreprîmes de créer une collection sur la Première Guerre Mondiale. Plus de huit cents affiches à ce jour sur le sujet. Puis une collection Croix Rouge Internationale (trois cent cinquante pièces) afin de rendre hommage à Henry Dunant, son fondateur.

      Pour le métier d’expert, il est nécessaire de connaître l’histoire de l’affiche, son sujet, l’histoire de l’artiste, de l’imprimeur. Donc, pour chaque affiche, nous effectuons des recherches approfondies.                                           C’est ainsi que recevant, pour notre collection Première Guerre Mondiale, la célèbre affiche “I Want You”, je voulus savoir qui était Uncle Sam. Je posai la question à des centaines d’Américains et m’aperçus que personne n’en connaissait l’origine. Un nouveau challenge se présentait. Je découvris, à force de recherches et de chance, la trace de celui qui fut à l’origine de l’emblème national américain – Samuel Wilson. Je reconstituai sa vie et, avec Cécile, nous écrivîmes sa biographie dans un livre que nous avons publié sous le titre de

                                              “Who Was Uncle  Sam?”.                                         Nous avons ouvert, à Sonoma, un musée Uncle Sam (plus de 2000 pièces exposées). Puis, par une chance extraordinaire, nous avons pu acheter la maison historique d’Uncle Sam, dans le New Hampshire, et l’avons transformée en musée.

      Nous avons aussi acheté, dans le New Hampshire, à cinq minutes de la maison d’Uncle Sam, un vieil hôtel historique construit en 1856 et l’avons restauré. Il bénéficie de toutes les commodités modernes tout en conservant son aspect historique. Ce travail a duré quatre ans. Nous attendons maintenant de trouver un gérant.

     Habitant dans la Vallée des Vins de Napa/Sonoma, notre dernier challenge en date a été de faire du vin. Le résultat a dépassé nos espérances. Nous venons d’obtenir six médailles à la foire agricole locale : une d’or pour le Cabernet-Franc, une d’argent pour le Pinot Noir et trois de bronze pour le Cabernet-Sauvignon, la Syrah et le Merlot. Bien sûr nous appelons notre cave “Uncle Sam’s Cellars” et notre étiquette “I Want You To Drink My Wine”.

 CONCLUSION

 Bien sûr, toutes ces différentes professions et spécialités (Marine, imprimerie, danse, immobilier, avion, photo, tourisme, nettoyage, chiens et chats, affiches anciennes, musée Uncle Sam et vin) peuvent donner une impression d’instabilité. Je suis stable dans mon instabilité. Cela part d’une passion, celle de créer, d’apprendre et d’enseigner aux autres doublée du refus d’avoir une vie routinière.

Michel Bodiguel EX 54 , ci dessus un article d'Ouest France du 27 Octobre 2013